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Nadine LAHOZ-QUILEZ

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Laboratoire 2 - fibres et temps plastiques - Alin Avila - 2009

Qu’il s’enroule ou se déroule, qu’il enlace ou protège - ligne et surface -, le fil tient dans notre culture - comme dans beaucoup d’autres - le rôle important de dire nos vies et, au risque qu’il se casse de parler de nos morts, au point que cela semble un truisme : qui s’intéresse aux tissus aborde la question du temps. Ce n’est donc jamais un matériau neutre puisqu’il est en soi, déjà une métaphore.

Le tissu est toujours présent chez Nadine Lahoz-Quilez : qu’elle imagine des installations faîtes de tout petits vêtements ; qu’elle confie à la pluie des vêtements pliés qu’elle redécouvrira bien plus tard décomposés pour les photographier ; qu’elle découpe des patrons dans l’altu… Le vêtement est l’ombre, la coquille, l’empreinte d’un corps absent, chez elle, son usage porte en lui la force d’une présence inouïe et, à jamais, il ne peut laisser celui qui regarde dans un sentiment neutre.

Nadine Lahoz-Quilez travaille a minima, une forme sommaire, un dessin brodé ou sérigraphie, mais cela importe moins que la manière avec laquelle elle présente et installe ce qui n’est jamais d’emblée donné au regard mais doit s’appréhender dans un geste de découverte. La série exposée dans la Serre de l’Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne se présente comme une série de volumes à la forme minimale. Ils sont suspendus dans l’air, bougent un peu, ce sont des peaux qu’un corps aurait déserté, des mues. Fragiles, à peine translucides, ils sont des objets de mystère qui nécessitent qu’on s’approche…

L’artiste invite à ce qu’on les touche et propose aux spectateurs de porter des gants blancs. Écartant les pans de ces mues, celui-ci va trouver un cœur brodé, dessiné comme dans un grand manuel scolaire. Le titre de l’œuvre conforte la commotion de l’œil. On devine quand une œuvre s’intitule Gangrène que les fibres noires qui obstruent les veines sclérosent l’organe. Et quand il y a écrit Bling-bling, on devine que la chose est moins sérieuse. Si des cœurs en sequin sont brodés sur les valves, il s’agit d’une romance… Mais plus sérieusement que le discours narratif qui s’établit, c’est la relation physique et tangible à l’objet qui impose au spectateur d’être un acteur dans la situation d’avoir le cœur mis à nu. Que découvrira-t-il lors de sa propre inspection ? Ici l’art retrouve sa puissance d’interrogation.

Alin Avila
Area N°23